En Belgique, les saisons existent — mais elles sont floues. Le printemps arrive doucement, l’été est tiède, l’automne ressemble encore à l’été, et l’hiver est gris sans vraiment être froid.
Au Japon, les saisons sont des événements. Elles arrivent, elles occupent l’espace, elles repartent. Et tout le monde les vit ensemble.
Printemps (haru, 春) : l’effervescence des sakura
Le printemps au Japon, c’est avant tout les cerisiers en fleur (sakura). Leur floraison, qui dure entre 7 et 14 jours selon les régions et les années, est suivie par l’ensemble de la population avec une attention presque météorologique.
L’Institut météorologique japonais publie chaque année des prévisions de floraison région par région. Les entreprises organisent des sorties (hanami, 花見 — littéralement « regarder les fleurs »), les familles se retrouvent dans les parcs, les supermarchés remplissent leurs rayons de produits à saveur de cerise.
En 2023, la floraison à Tokyo a atteint son pic le 22 mars — le plus précoce jamais enregistré depuis 1953, ce que les climatologues lient directement au réchauffement climatique (source : Japan Meteorological Corporation, 2023).
Le printemps, c’est aussi la période des entrées scolaires (nyūgaku-shiki) et des embauches (nyūsha-shiki) — toujours en avril. La saison des débuts.
Été (natsu, 夏) : la chaleur humide et les matsuri
L’été japonais, notamment dans les grandes agglomérations comme Tokyo ou Osaka, est éprouvant. Les températures dépassent régulièrement 35 °C avec une humidité relative de 70 à 85 %. La combinaison produit une chaleur ressentie bien supérieure aux thermomètres.
Des alertes à la chaleur (netsuchū-shō keikoku) sont émises régulièrement par l’Agence météorologique japonaise. En 2023, Tokyo a enregistré 22 jours consécutifs au-dessus de 35 °C entre juillet et août.
Mais l’été est aussi la saison des matsuri (fêtes de quartier), des hanabi (feux d’artifice) et des yukata (kimono léger d’été). Le contraste entre l’inconfort physique et la vitalité sociale de la saison est saisissant.
Les Japonais portent des vêtements de couleur claire, utilisent des éventails (sensu), consomment des kakigōri (glaces pilées aromatisées), et la climatisation dans les espaces publics est une norme sociale — pas un luxe.
Automne (aki, 秋) : les feuilles rouges et l’air doux
L’automne est, pour beaucoup, la saison préférée au Japon. Les températures descendent progressivement, l’humidité disparaît, et les forêts se couvrent de rouge et d’or : c’est le momiji (紅葉), la contemplation des feuilles colorées.
Comme pour les sakura, des prévisions de koyo (la coloration automnale) sont publiées par les agences météo et les offices du tourisme. Les sites comme Nikkō, Kyoto (parc de Nara) ou Hokkaido attirent des milliers de visiteurs.
L’automne est aussi la saison des festivals gastronomiques : champignons matsutake, châtaignes (kuri), patates douces (satsumaimo), poisson sanma (balaou du Pacifique). Les menus de saison apparaissent dans les restaurants, les supermarchés, les konbini.
Hiver (fuyu, 冬) : la neige, le kotatsu, et le Nouvel An
L’hiver varie considérablement selon la région. À Hokkaido, il est sibérien — plusieurs mètres de neige, températures négatives stables. À Tokyo, il est doux mais froid (entre 2 °C et 12 °C en janvier), avec des coups de vent secs et des journées souvent ensoleillées.
Le symbole de l’hiver intérieur au Japon, c’est le kotatsu : une table basse avec un élément chauffant en dessous, couverte d’une couette. On s’y glisse les jambes, on mange des mandarines (mikan), on regarde la télévision. C’est une institution.
Le moment culminant de l’hiver est le Nouvel An japonais (oshōgatsu). Contrairement à beaucoup de pays où c’est une fête de rue, au Japon c’est une fête familiale et intime. Les transports s’arrêtent presque, les magasins ferment (de moins en moins, mais la tradition reste), les familles se retrouvent.
Ce que ça change dans la vie quotidienne
Vivre au Japon, c’est vivre avec les saisons d’une façon que je n’avais pas connue en Europe. La nourriture change tous les trois mois. Les vêtements aussi — et pas juste par commodité, mais par code social : sortir en manteau d’hiver en mai, c’est remarqué.
Les conversations tournent autour des saisons. Atsui desu ne (il fait chaud, n’est-ce pas ?) ou Samui desu ne (il fait froid) sont des ouvertures sociales universelles. Commenter la météo n’est pas un sujet vide : c’est une façon de se synchroniser avec les autres.
Sources : Japan Meteorological Agency, Japan Meteorological Corporation (rapports 2023), observations personnelles.