Mon appartement fait 28 mètres carrés. En Belgique, ça me semblerait exigu pour une colocation. À Tokyo, c’est un appartement pour une personne seule, et personne autour de moi ne trouve ça particulier.

Le logement est l’une des premières adaptations qu’on fait en arrivant au Japon. Et l’une des plus profondes.


La réalité du marché immobilier japonais

À Tokyo, le prix médian d’un appartement d’une pièce (type 1K — une chambre + cuisine séparée) en location tourne autour de 65 000 ¥ à 100 000 ¥ par mois selon l’arrondissement et la proximité des gares (données SUUMO, marché 2025).

Quelques précisions sur les types de logements les plus courants :

  • 1R (one room) : une seule pièce avec cuisine intégrée. Entre 20 et 30 m² en général.
  • 1K : une chambre séparée de la cuisine par une porte ou une cloison. Plus intimiste.
  • 1DK : une chambre + un espace dining-kitchen plus grand.
  • 1LDK : une chambre + un salon-salle à manger-cuisine. Considéré spacieux pour une personne seule.

Les frais d’entrée peuvent être conséquents : deux mois de caution (shikikin), un mois de frais d’agence, parfois un mois de « key money » (reikin, un cadeau non remboursable au propriétaire — de moins en moins courant, mais encore présent dans certains biens).


La conception de l’espace intérieur

Les appartements japonais sont conçus pour maximiser chaque centimètre. Ce n’est pas une question de qualité : c’est une culture du design fonctionnel.

Quelques caractéristiques habituelles :

  • La salle de bain en trois parties : toilettes séparées de la salle de bain dans la plupart des logements. L’espace douche/baignoire est une pièce en plastique moulé (unit bath), souvent compacte mais complète.
  • Le couloir d’entrée (genkan) : une zone de transition entre l’extérieur et l’intérieur, légèrement en contrebas, où l’on retire ses chaussures. C’est une limite physique et symbolique.
  • Les placards intégrés (oshiire) : des rangements en profondeur permettent de stocker literie, vêtements de saison, bagages — hors du champ de vision.
  • Les parois coulissantes (fusuma, shōji) dans les appartements plus traditionnels : elles permettent de reconfigurer l’espace plutôt que de le subdiviser définitivement.

Vivre avec moins : le tri comme pratique quotidienne

Dans un espace limité, tout ce qu’on possède est visible. Ça m’a forcé à un rapport différent aux objets.

Marie Kondo, auteure du livre La Magie du rangement (2011, traduit dans plus de 40 pays), n’a pas inventé quelque chose de nouveau — elle a formalisé une pratique culturelle japonaise : le danshari (断捨離), contraction de refuser, jeter, séparer. Ce n’est pas du minimalisme esthétique, c’est une méthode de relation aux choses.

J’ai réduit ma garde-robe de moitié en arrivant. Pas par idéologie, mais par nécessité. Et je ne le regrette pas.


Les défis concrets

Quelques points que je n’avais pas anticipés :

  • La chaleur en été : les murs fins et les fenêtres simples rendent les appartements très chauds en juillet-août. La climatisation est indispensable — mais elle consomme beaucoup, et les factures d’électricité grimpent.
  • L’isolation phonique : dans les immeubles d’appartements anciens (mansion ou apāto), les bruits des voisins sont parfois très présents. Les appartements en béton (mansion) sont généralement plus silencieux que les constructions légères en bois (apāto).
  • Le stockage des vélos : les vélos sont courants au Japon, mais le stationnement est réglementé. Il faut souvent payer une place dans le local à vélos de la résidence.
  • Les appareils électroménagers : les cuisinières à gaz ou à induction sont souvent fournies sans four. Cuisiner au four occidental nécessite un investissement supplémentaire.

Ce que ce mode de vie m’a appris

Vivre dans 28 m² ne m’a pas rendu malheureux. Au contraire : j’ai compris que beaucoup de mes envies d’espace en Europe correspondaient à une accumulation d’objets dont je n’avais pas besoin.

Mon appartement est propre, fonctionnel, bien situé. Je connais chacun de ses recoins. Il y fait chaud en hiver grâce au kotatsu, frais en été grâce à la clim. C’est suffisant.


Sources : SUUMO (Japan Real Estate Information Network, 2025), observations personnelles, Marie Kondo « La Magie du rangement » (2011).